Lou Pey repensait à ce qui l’avait conduit à Salem…
Son ami Kalvin lui avait dit que la Perle du Désert pourrait équiper son groupe. Qu’ainsi son projet n’en serait que plus viable… Alors, il avait contacté Jésus pour savoir si cela était possible…
En fin de compte, non, ce n’était pas possible, car Salem manquait d’anis pour ce faire. Par contre, si le groupe pouvait produire les anis nécessaire à la production de son équipement, il n’y aurait pas de problème. Un rapide coup d’œil à la qualité des exploitants de son groupe convainquit Lou Pey que c’était l’Affaire de 10 lunes, 12 tout au plus. Ils avaient besoins de 20 grands sacs et pouvaient produire suffisamment pour qu’on en assemble 2 par lune. De plus, ce délais allait permettre à tous les membres de son groupe de se réunir.
Fort de ces bonnes nouvelles, Lou Pey se mit en route pour Salem.
Au début, les choses fonctionnaient bien… les sacs rentraient régulièrement… Lorsqu’un certain nombre fut amassé, Lou Pey commença à discuter avec Jésus de la date du départ. Alors Jésus lui demanda s’il ne pouvait pas rester avec son groupe encore un petit moment, il équiperait le groupe de Lise et Mandrin d’abord, seulement quelques sacs, l’affaire de quelques lunes. Il avait accepté, pour aider son futur allié.
Puis, soudainement, on parla de l’échange commercial avec Enaisha, qui requerrait 12 sacs et 12 chevaux… Lou Pey se souvint qu’il avait pas mal grincé des dents en apprenant la nouvelle… Mais Shed Nata qui venait de le rejoindre, insista pour qu’on accepte, car cela serait très profitable à l’avenir, que cela aiderait d’autant plus Salem. Alors, on avait encore dit oui.
Lorsque enfin les chevaux et les sacs furent prêt, plusieurs saisons s’étaient écoulés. Lou Pey reparla avec Jésus des détails pour son départ et l’équipement de ses gars. Mais Jésus lui répondit qu’il devait d’abord équiper ceux qui étaient arriver avant lui ou qui avaient passés la commande plus tôt… Résigné, Lou Pey se dit qu’à ce point, encore quelques lunes de plus ou de moins, qu’est-ce que ça changerait?
Et puis, alors qu’enfin tout le monde était pratiquement équipé, Jésus vint lui dire qu’il ne restait que 3 sacs à assembler et qu’ensuite Salem bosserait exclusivement pur lui et son groupe. Lou Pey senti l’espoir renaître, même si tellement de temps c’était écoulé que de nombreuses occasions avaient été ratées. Au moins ils allaient bientôt partir.
Et alors, coup de théâtre, Jésus annonce son départ. Du coup le pouvoir passe à Wernecker. Jésus contacte Lou Pey et Shed Nata, il leur dit de ne pas s’en faire, que Salem respecterait son entente avec eux. Lou Pey contacta Wernecker pour confirmer cela. Wernecker lui dit qu’avant, il allait équiper son groupe qui était à Salem depuis un an… un groupe de 10 personnes.
Ensuite, les annonces de départ se multiplièrent… Lou Pey comprit que Salem, après le départ de Wernecker et les élections, ne serait sans doute pas en mesure de facilement survivre… Du coup, il serait difficile pour Salem de fabriquer rapidement l’équipement du groupe de Lou Pey, mais en plus, Salem, si elle survivait, ne resterait pas une communauté puissante avec qui il serait possible de commercer pour favoriser le développement de la com qu’il souhaitait fonder.
Lou Pey en était là : Les 10 lunes étaient devenus 26, le contrat initial n’avait pas été respecté. Ensuite, les compromis fait pour obtenir une alliance à long terme pour faire un commerce florissant avaient été inutiles. Il apprit aussi que cette histoire d’échange commercial avec Enaisha était du vent, un prétexte pour éloigner de Salem ceux qui voulaient combattre.
Pire, malgré tout ce qui avait été fait, on lui proposait avec 26 lunes de retard, le contrat initial : Produire sur le troupeau les peaux requises pour assembler les grands sacs et capturer des chevaux pour dresser des montures. Et, surprise, il faudrait aussi d’abord équiper le groupe de Wernecker, comme on lui avait demandé d’équiper le groupe de Lise et Mandrin à l’origine…
Après tout ce temps, en arriver là… Lou Pey était dégoûté. Il se sentait trompé, trahis et floué. On s’était servi de lui et de ceux qui l’accompagnaient.
S’il avait su que les choses se passeraient ainsi, il aurait mis ces 26 lunes a profit pour parcourir la distance par petites étapes. Il serait depuis au moins deux saisons dans le Grand Nord et sa com serait déjà prospère. Non, si il avait su, jamais il ne serait venu à Salem.
Il pouvait bien sûr décider de partir sur-le-champs, mais alors tout ce travail aurait été fait en pure perte. De plus, il se sentais à présent des responsabilités envers Salem, il ne pouvait partir ainsi.
Alors il pouvait rester, pour équiper son groupe avant de repartir. Les 26 lunes investies dans l’espoir d’avoir un allié puissant seraient une perte, mais il pourrait au moins avoir, pour trois ou quatre fois le travail initialement convenu, son équipement.
Enfin il pouvait rester pour de bon à Salem. Alors, le travail investi ne serait pas une perte, puisqu’il aurait été fait pour sa propre communauté. Devenir Salémien était la seule possibilité qui ne détruisait pas tout ce qui avait été projeté, ça le transformait, mais ne le détruisait pas. Si son groupe restait, Salem serait plus qu’une dizain de personne accompagnées de 30 zombis quand l’automne arriverait.
Évidemment, Salem était une communauté mal située, loin de toutes ressources utiles, et installait presque entre les deux groupes qui s’apprêtaient à se faire la guerre. La neutralité aiderait, mais le risque était là. De plus, l’idéal Salemien était rigide, contraignant pour ce monde d’après Crash; il n’aurait pas choisi autant de rigueurs pour sa propre communauté. Enfin, la ville était quelque peu désorganisée, de nombreux départ se feraient dans les prochaines lunes et cela affaiblirait la ville encore un peu plus.
Rester à Salem et la faire vivre encore était un défi immense. Un défi terrible… Effrayant… Mais c’était la seule chose à faire… La seule solution acceptable.
Lou Pey était furieux contre les Salémiens qui étaient partis après s’être servi de lui. Il ne devait rien à ces gens là, rien du tout! C’était même le contraire! C’est lui qui avait rendu possible leur escapade. Et là, à cause de ces gens-là, ses propres rêves étaient ruinés… Et pourtant, il les aimaient et les appréciaient quand même. Il ne voulait pas voir leur bébé mourir. Il devrait rester à Salem parce que c’était la seul chose acceptable à faire… Tant d’un point de vue moral que pratique. Mais on l’avait privé des informations qui lui aurait permis de faire à temps le choix qu’il aurait voulu faire.
Ce qui est fait est fait. Il faut l’accepter et faire avec… Dans la vie, on fait ce qu’on peut, pas ce qu’on veut… Il se contenterais donc de Salem.
Pour difficile et déchirante quelle soit, la décision de Jésus et des autres les privaient à jamais de décider pour Salem. Une mère peut souffrir en abandonnant son bébé sur le seuil d’une maison, mais jamais plus elle n’aura de droit de regard sur l’avenir de son enfant.
Il en était de même pour Salem : Ceux qui étaient partis étaient peut-être encore des amis, des gens de sages conseils, des gens que l’on respectait, des gens qui s’aimaient et qu’on aimait, mais ce n’étaient plus des Salémiens. Ils pouvaient bien s’en donner encore le nom, ils n’en étaient plus.
Lou Pey proposerait donc à ceux qui restaient de rester avec lui, de faire vivre cette ville.
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Nous faisons de la parole juste l'expression de la pensée précise.